Train de nuit à deux voix

Paris, 17 heures

Il fait lourd depuis plusieurs jours. L’air colle à la peau et le mélange goudron-béton-gaz d’échappement est étouffant. Mon travail m’ennuie… Je dispose de congés à ne plus savoir qu’en faire… Alors, j’appelle mon patron. Il devra se passer de moi pendant 15 jours (je prévois large, on ne sais jamais). Je ne suis pas indispensable, après tout, et ça fait plus d’un an que j’ai pas pris de vacances. Je me décide pour au moins 10 jours « ailleurs ». Ma destination reste pour le moment inconnue, mais ce qui est sûr c’est que ce sera en France et en train. J’adore ça surtout quand il prend son temps.

Je saute dans ma douche (il faudra que je pense à remercier mon esthéticienne, elle a fait un boulot génial). Je passe une robe légère, blanche à motifs baroques, une paire de sandales et une étole pour le soir. Mon sac est prêt en un rien de temps,  quelques robes légères et colorées, une paire de sandales, mon nécessaire de toilette, mon chargeur de téléphone et surtout mon nécessaire d’aquarelle (un carnet, mes aqua brush, un crayon, une gomme et mes couleurs). Et voilà, moins de 20 minutes plus tard, je ferme à clé mon appartement.

Les trains permettent de ralentir le rythme, avant de profiter de vacances bien méritées. Je me dirige vers la Gare d’Austerlitz d’où partent tous les trains de nuit.

C’est décidé, je prends le premier qui se présente. Ca sera Argelès-sur-Mer, départ à 22h22 pour une arrivée à 9 h 22.

Il est 19 h.  J’ai le temps d’avaler quelque chose avant de partir. J’opte pour du japonais. Sashimi, maki et autres petites bouchées, bien fraîches. Je prends mon temps. A 21 h, je règle ma note  sous les regards appuyés de quelques hommes à peine discrets, mais je m’en moque et remonte en flânant les quais Rive Gauche sous une chaleur encore palpable.

Photo de Polina Tankilevitch sur Pexels.com

Arrivée à la gare juste à l’annonce de mon train, je monte à bord. Mon compartiment est encore vide et seules 2 couchettes sont préparées.

Je vais être tranquille.

Je m’installe. Malgré la chaleur encore plus prononcée dans le compartiment et l’heure tardive, je n’ai pas envie de me coucher tout de suite. Je ferme le rideau qui me coupe du couloir, ne laissant que la fenêtre comme un focus sur le monde extérieur. Je sors mon matériel d’aquarelle et mon carnet, m’installe sur ma couchette déployée et j’essaye de trouver l’inspiration à travers ce prisme limité, le paysage fermé de la gare. J’observe le monde à travers la fenêtre comme à travers un écran et laisse mon esprit divagué au gré des légères secousses annonçant la montée d’autres voyageurs. Je remarque à peine la personne qui est entrée doucement dans cet espace réduit, peut-être pour ne pas rompre le cheminement de mes pensées. Je ne sors pas de mon monde, mais…

Lui. Ca ne peut être qu’un homme avec ce doux parfum subtilement floral, aucune agressivité dans ses volutes qui me traversent. Et cette présence qui s’impose… Ca ne peut être qu’un homme.

Il s’installe. Le train démarre. Mon regard est attiré par la curiosité de découvrir la personne avec laquelle je vais voyager. Le contrôleur me sort de ma rêverie en me proposant de changer de compartiment

Vous savez, une femme seule avec un homme qu’elle ne connait pas ! Le compartiment d’à côté est vide si je désire changer.

Je regarde enfin mon compagnon de voyage.

Il bredouille un peu gêner

Bonsoir, Alexandre, je… ne voulais pas vous déconcentrer !!!

Je n’ai pas de crainte. C’est peut-être un tord ! En plus, je n’ai pas envie de tout ranger et …. Non !!! Je reste là !!!

C’est gentil, mais si Monsieur, pardon, Alexandre, veut changer de compartiment, je ne me vexerais pas !!!

Je prononce ces mots avec un petit sourire mutin à destination de mon voisin de nuitée.

Le contrôleur sort en haussant les épaules et je referme instinctivement le rideau du compartiment.

Rien que l’idée que quelqu’un puisse regarder par dessus mon épaule pendant que je peins, ou que je … Non !!!! pas maintenant !!!! Et voilà c’est mâlin ! Mon esprit volage se met à m’envoyer des images érotico-sensuelles, vagues de chaleur intérieures…

J’essaie de me replonger dans mes rêveries au rythme des mouvements du train sur les aiguillages pour sortir de cette ville qui m’étouffe. Je sens le poids du regard de mon voisin qui m’observe à la dérobée. Il est plutôt bel homme, sans prétention. Il a une présence certaine. J’essaie de me focaliser sur le soleil couchant qui a réussi à transpercer cette couche grise et lourde qui plombe l’air. Il inonde d’or les bâtiments tristes et gris, redonne un peu de féerie sur tout ce qu’il frôle de ses rayons. Je tente de capter les nuances lumineuses avec mon pinceau et mes couleurs.

Mon dos me fait souffrir dans cette position. Changement de position. Je sens son regard, et mes lèvres esquissent un sourire. Je ne sais pas ce qu’il regarde exactement mais c’est moi, c’est sûr ! Ce que je me suis mal installée !!!!

La tension est palpable dans le compartiment. Je m’assoie sur le bord de sa couchette.

Mon regard se perd dans les plis de sa robe. Elle s’assoie !! Est-ce que j’entreprends quelque chose ? Comment va-t-elle le prendre ? Qu’est-ce que je risque ? Devoir m’excuser ??? Allez, courage, Alex, t’es un grand garçon. Je te cherche du regard, mais tu fuis. Pourquoi suis-je si fébrile. Put… mon téléphone ! Il est tombé à ses pieds !

Je sors de ma torpeur.

C’est quoi ce bruit mat ? Son téléphone est tombé à mes pieds ! Mais qu’est-ce qu’il fait ? Il le ramasse ou…Reste concentrée jeune fille !!!! Cherche du regard une ligne, un point sur autre chose que l’origine du parfum de plaisir qui naît dans cet espace confiné !!! Cache ce trouble qu’il provoque en toi sous une apparente concentration.

Dehors, le soleil plonge doucement à l’horizon et noie notre compartiment d’éclats d’or. Une tension animale se développe doucement, puissamment. Le regard d’Alexandre cherche le mien. Il finit par accrocher ce qu’il cherche !

Mes yeux sont une porte ouverte sur ce que je veux, que je consens à plus, oui mais à quoi ? Sans fard, ni plus de manières, je cède au doux contact de la peau de ses doigts qui effleurent mes chevilles puis remontent doucement le long de mes jambes cachées sous ma robe.

Beau prétexte que ce téléphone qui tombe ! Il faut que je me contienne, mais je me consume sous cette caresse et ce désir brûlant qui monte en moi.

Un ange passe dans notre compartiment où la chaleur monte en même temps que les mains d’Alexandre et que la nuit envahit l’espace. Il est hésitant et je le laisse douter pour mieux maîtriser la montée du plaisir.

Ses mains douces glissent toujours plus haut. Son regard recherche mon assentiment. Il atteint mes hanches et sa tête frôle la peau fine de mes cuisses. Ses lèvres brûlantes se posent sur ma peau et déposent un peu de son parfum. À chaque contact, il laisse une trace olfactive légère qui me submerge peu à peu, à la manière de la marée montante.

Ses mains ne rencontrent aucun obstacle. Ma robe est ample et mes sous-vêtements absents. Je souris car il semble apprécier. Ses mains se saisissent de mes fesses pour m’attirer à lui. Toujours à genoux devant moi et déposant ses baisers brûlants le long de mes cuisses, sa tête se rapproche de ma chatte lisse et humide de ses douces attentions. Son regard ne quitte plus le mien malgré la plongée de sa bouche vers mon puit de plaisir qui n’attend que ses lèvres.

Il me fait languir… Mes mains, encore crispées sur mon carnet et mon pinceau, rendent les armes pour mieux plonger mes doigts dans sa chevelure. Je promène mes griffes dans ses cheveux épais mais le laisse libre de son avancée. Loin de moi l’envie de le presser, le voyage est long et nous avons le temps. Il me hume, me respire. Je ferme les yeux pour mieux sentir ses vibrations. Mais pourquoi s’arrête-t-il ??? J’ouvre les yeux. Il veut que je le regarde.

La pression monte d’un cran supplémentaire dans le compartiment. La nuit dehors crée une illusion d’isolement, l’impression d’être seuls au monde. Les vibrations du train, son balancement cadencé sont hypnotiques. L’homme, Alexandre, se met entre mes jambes écartées par la fièvre et plonge son regard vers mon entre-jambes. Ses deux mains perdues dans le tissu de ma robe viennent maintenir mes poignets de manière ferme mais sensuelle.

Son excitation est perceptible, ses plis humides n’attendent que ma bouche !!! Cette femme est une sorcière… Elle m’a envouté… Son parfum intime, mélange d’épices douces, de miel et sel me fait tourner les sens…

Après son regard, c’est comme si son corps se jetait sur cette petite partie de moi, mon île. Sa bouche se referme sur mes lèvres, sa langue fouille les replis de mon intimité. Il trouve le point magique, celui qui ouvre l’esprit aux perceptions du corps. Des vagues de frissons parcourent mon corps. Je résiste à l’envie de fermer les yeux puisqu’il a rivé son regard au mien. Ses mains semblent déverser en moi toute son énergie. Il jubile du plaisir qu’il me donne. Son application à tenter de façonner ma chatte à sa bouche, à sa langue, augmente encore mon plaisir. Il aime ça… le cunnilingus.

Elle part en vrille… Hummm !!! Ses gémissements me donnent envie de lui en donner plus encore !!!! De la faire décoller !!! D’imprimer en elle mon souvenir. Je ne sais ni d’où elle vient, ni où elle va, mais elle repartira avec mon parfum et mon empreinte.

Je sens quelque chose de différent. Une poussée, un toucher plus ferme mais non moins sensuel et excitant. Il me faut quelques secondes pour l’identifier…

Des doigts, au moins deux, qui jouent avec mes lèvres, les pressent, les massent. Quel est ce bruit, ce souffle !!! Je gemis !!! Le plaisir escalade mon corps ! Une centrale nucléaire sans système de refroidissement !!!

Il glisse un doigt vers l’intérieur. Ses petits mouvements font monter en moi des sensations immédiates de tempête contenue, d’ouragans en formation !!! Son pouce à remplacer sa bouche et sa langue sur mon clitoris. Et ses mouvements circulaires me mettent au supplice.

Il voudrait me faire rendre les armes, qu’il ne s’y prendrait pas autrement. J’ai beau essayé de retenir la déferlante, rien n’y fait. Il ne manquerait qu’un doigt de plus et…

Elle y est… la porte va céder, je le sens. Elle se retient, mais elle ne pourra pas résister à plus d’attention!!! Moi non plus d’ailleurs… Allez, un doigt de plus et elle craque ! Ses gémissements me vrillent les sens ! Si elle résiste plus longtemps, je vais jouir avant elle !!! Cela ne serait pas juste !!!!

Comme s’il savait, il glisse doucement un deuxième doigt dans mon antre. Ils coulissent doucement. Mes gémissement doivent maintenant être entendus de toute la voiture de ce train.

Oh !!! Mon dieu !!! Il accélère le rythme de ses mouvements. Il me baise de ses doigts !!! La pesanteur n’est plus même une notion. Elle n’existe plus !!!! Mon corps est parcouru de spasmes le rendant à chaque mouvement plus léger ! Je décolle façon « Ariane » !!!!

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Mon jean est de plus en plus étroit, mais je n’ai pas envie de ça. La voir ainsi, libre de jouir d’un inconnu, avec une telle franchise est un vrai élixir de plaisir!!! Et il me revient de ne pas la laisser en reste !!!

Le rythme de sa main devient frénétique. Il fait tout pour que je cède quand soudain, sans prévenir, il écarte le jupon de ma robe. Il veut tout voir, tout savourer. Il a écarté son visage de mes cuisses et je vois son regard victorieux, l’éclat dans son regard ne trompe pas…

Il prend son pied autant que moi !!!!!!!!!

Comme un voile qui se déchire, je sens qu’un barrage cède sous l’effet de ses doigts. Il le sens aussi car il se précipite entre mes cuisses. Ma jouissance est tellement violente que j’en reste sans force. Lui se délecte toujours de mon jus de plaisir. Il lape ma fente comme si, en perdre une goutte devait lui coûter la vie. Puis il se redresse, se lève et sort de notre compartiment.

Quand il revient, s’il revient, je dors du sommeil du bienheureux. Et lorsque je me réveille, le jour se lève paresseusement. Alexandre n’est plus là.

J’ai rêvé ??????

et pour seule preuve de son passage ??? Son magazine !!!

Publié par Galadriel

Libertine et fière de l'être

Un avis sur « Train de nuit à deux voix »

  1. Madame nous offre un voyage dans son intimité, elle nous la montre belle et tendre et nous en livre l’odeur mêlée au parfum d’un inconnu et aux paysages de nuit.

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