RENAISSANCE

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Tous les libertins ne naissent pas libertins. Certains se révèlent très trop. Moi, il m’a fallu un drame personnel. Un être cher qui m’est arraché et une plongée dans l’enfer de la médication psy… Tout le monde est fou, c’est bien connu. Quand l’effet s’est estompé, naquit Galadriel. Femme pleine de vie, joyeuse d’être encore de ce monde. 35 ans ! Il m’a fallu 35 ans pour naître à ce monde du Libertinage. Et quelle naissance !!!

La femme complexée, rabaissée par ses proches, a arrêté de se comparer, de se demander ce que les autres pourraient penser d’elle, de sa tenue, de son comportement. Galadriel est tout le contraire de cette femme frustrée. Je n’ai pas honte de le dire : Galadriel est née au sexe libre, enfin, au sexe tout court, à l’âge de 35 ans. La version antérieure de moi-même croyait aux contes de fée, de beaux princes avec de belles princesses. Galadriel a perdu cette innocence lors de sa renaissance. J’ai découvert que mon corps, en fonction de ses parures, pouvait choquer, provoquer, ou induire des réactions qui m’étaient inconnues ou inenvisageables auparavant.

J’ai commencé par changer de garde-robe. J’ai mis au vestiaire mes tenues sportswear, pour les remplacer par des robes plus ou moins courtes, des sous-vêtements mettant en relief mes formes. J’ai investi dans du maquillage, léger, et dans l’esthétisme. Une épilation ne fait de mal à personne (sauf à celui ou celle qui la subit). J’ai aussi choisi de jolis bas (le noir me va si bien), ressorti quelques jupes longues, des shorts en jeans déchirés en haut des cuisses (un brin grunge), mes chemises médiévales. Un savant mélange des genres.

Je suis sortie du bois en septembre 2013. J’avais une furieuse envie de m’amuser, à la manière d’une ado en pleine effervescence hormonale. Et quoi de mieux qu’un gros évènement pour cela !!!! Des amis avaient besoin d’aide sur un stand lors d’un grand rassemblement annuel (500 000 visiteurs prévus). Cela me permettait de revoir des vieux potes, des copains d’écoles et de sortir de ma nouvelle coquille sur fond de bonnes musiques. Le festival se déroulait du vendredi au dimanche. Pour le préparer, j’avais prévu d’arriver sur place le jeudi en début d’après-midi et de rester jusqu’au dimanche soir. Tout le matériel calé dans ma petite twingo (tente, matelas, couette, un peu de ravitaillement à partager et ma bonne humeur) et me voici faisant 500 kilomètres. Arrivée sur place, le bonheur de se retrouver et surtout pour eux de découvrir la nouvelle moi, ma tenue de fille de la campagne les fait rire. En effet, j’avais sorti de la naphtaline une jupe blanche en coton léger et un corsage tout aussi léger. Ce qui allait très bien avec la chaleur de l’été indien de cette année. Mais quand je leur dit que ma première envie c’est de trouver une bouillotte pour les nuits fraîches de septembre, ils ont pour certains l’air tellement décontenancé que je n’insiste pas. (Les aurais-je choqué ?).

Nous préparons le stand, passons en revue le planning des postes de chacun sur le stand, un des plus gros avec restauration du festival. Au passage des électriciens chargés de vérifier la conformité des installations, je minaude ! Euh non ! Je drague franchement le chef d’équipe. Non pour avoir sa certification, juste pour voir l’effet que je suis capable de créer. A son départ du stand, il me demande mon prénom et quand je serais sur le stand ce week-end. Le soir, les amis m’emmènent manger sur le seul stand préparant les repas pour les bénévoles de tous les stands déjà présents. Je m’en souviens encore « La Côte d’Or ».

Le repas est simple mais de la région. Comme à mon habitude toutefois, je ne bois pas d’alcool, même si les « Bourgogne » ont mes faveurs. Rapidement, et malgré les discussions intéressantes de mes amis, je sors machinalement un stylo de mon sac et commence à crayonner sur la serviette en papier. Mon motif préféré dans ces cas-là est une arme médiévale (hallebarde, lance, hache, …) que vient emprisonner un rosier ou une autre plante grimpante. Mais j’ai l’impression d’être observée (vous savez cette sensation lourde dans la nuque, comme le poids d’un regard insistant), je lève la tête et regarde autour de moi. Je lance un sourire au barman qui a l’air de s’ennuyer. Je ne sais toujours pas ce qu’il m’a pris ! Mais au lieu de griffonner mes initiales, comme je le fais d’habitude, j’inscris mon prénom et mon numéro de portable. Au départ, je m’étais dit que je laisserais la serviette en papier sur la table. Que cela serait débarrassé avec les couverts. J’ai dû lever les yeux quatre à cinq fois de mon dessin, et à chaque fois, mon regard croisait celui du barman du stand. Un inconnu, pas mal. Le tissu de son T-shirt est tendu, assurément un travailleur de force ou un sportif. Des cheveux bruns parsemés de fils d’argent. Un regard doux et rieur, des fossettes d’enfant, une peau légèrement hâlée. Un bel homme assurément, peut-être trop pour moi. Au moment du café, la copine assise en face de moi me prend la serviette et va la donner au barman. Moi, je suis pétrifiée. Je n’ose plus relever la tête. Quand elle revient, je lui demande ce qu’il lui a pris, ce n’était pas ce que je voulais. Un brin contrariée, nous sortons de table et quand je passe à côté de lui, il me demande sur quel stand je suis. Je reste interdite, mais ma copine ne se démonte pas et lui lance « Vitry, le long de la Grande Scène ! ». N’y croyant pas, je suis le groupe. En chemin, je demande à la copine ce qui l’a piqué pour qu’elle fasse ça. Elle répond le plus naturellement du monde :

-Bah ! Tu voulais une bouillotte ! Oui ou Non ???

Je sais pas trop quoi répondre, mais l’idée me plaît bien finalement. Arrivée à notre stand, je décide de préparer mon coin dodo à l’arrière, un recoin isolé du reste de l’équipe, juste ce qu’il faut pour ma tente. Une fois que tout est prêt, je sors mon téléphone pour prévenir ma mère que tout va bien (depuis le drame elle a besoin d’être rassurée). Pendant notre conversation, mon téléphone me signale la réception d’un SMS. Quand je le lis, je beugue ! Littéralement.

« – Je serais là d’ici 10 minutes, si tu veux ! »

Ma réponse fuse en moins de cinq secondes

-A tout de suite alors !

Je suis stupéfaite de ma propre réaction. Mon cerveau est en surchauffe, tout comme le reste de mon corps, malgré la fraîcheur de la soirée. Je m’enroule un plaid sur les épaules et commence les cent pas dans le stand. Je cherche de quoi m’occuper, tout, n’importe quoi. Quand j’entends que l’on tape contre la bâche qui ferme le stand, je sursaute ! Il est là, ce n’était pas une plaisanterie.

Je lui ouvre et découvre un sourire éclatant, un visage poupon et doux, des yeux rieurs. Il me propose un tour sur le site de la fête « avant l’arrivée massive des visiteurs » le lendemain. Nous faisons un tour, nous discutons. Je me libère du poids des autres et lui dit ouvertement que je veux une bouillotte pour la nuit. Sa réponse me surprend

-Ca me va ! Mais nous sommes un peu les uns sur les autres dans mon stand ! avec une petite lueur dans le regard !

-Sur le mien, c’est certainement plus light ! Ma tente est à l’écart de l’Algeco dortoir.

Il me raccompagne jusqu’à mon stand et, me prenant par le bras m’attire à lui pour m’embrasser. Le courant passe tout de suite. Une chaleur monte dans mon corps comme un feu de bengale. Je n’arrive plus à me détacher de son corps. Il y a encore quelques mois, je me serais pétrifiée, peut-être même offusquée de ce geste. Mais rien de tout ça, juste un lâcher prise total. Dans le stand, c’est le silence total. Il me prend dans ses bras, ses mains cherchant ma peau. Le froid de cette nuit de septembre n’a plus d’emprise sur moi. La chaleur qui m’envahit balaye les frissons. Je tremble en imaginant la suite, …

Au diable, l’imagination… Profites-en !!! Mon petit diable a chassé mon ange !!! Il n’est plus temps d’être sage…

Je ferme les yeux et suis le mouvement de ses doigts chauds sur la peau. Je l’enveloppe avec moi dans le plaid. Ses doigts glissent sous ma chemise, cherchent quelque chose sans rien trouver. Je ne porte plus de sous-vêtements depuis le drame, j’étouffais. Je sens ses lèvres dans mon cou. Il jubile, il apprécie cette simplicité. Une main contre mon dos, l’autre glisse remonte vers ma poitrine. Mes tétons durcissent à l’approche de l’envahisseur. Je me colle un peu plus à lui, mais il repousse mon corps, la tête toujours blottie contre mon cou, ses lèvres y laissant des baisers fiévreux. Nous bousculons quelques tables.

– j’en veux plus !!!

Dans un soupir, ces mots s’échappent de ma bouche, en cherchant la sienne.

– où est ta tente ?

– juste derrière !

– elle est grande ?

– suffisamment !

Ces quelques mots sont susurrés, à peine articulés. Je l’attrape par la main et l’entraîne à ma suite vers mon cocon. Heureusement, je suis venue avec la tente pour deux avec un espace en plus de la chambre. En prévision des nuits fraîches et humides, j’avais disposé des couvertures sous le matelas et placé quelques chaufferettes sous la couette. Ça a du bon d’être frileuse…

À peine la tente refermée sur nous, il essaie de me déshabiller. La tente est grande mais je ne suis pas petite et lui non plus. La température monte vite, cela n’arrange pas les choses. Les hésitations font place à une certaine précipitation. Je me retrouve nue plus rapidement que lui, sans sous-vêtements rien d’étonnant. Je l’aide à tomber son jean en prenant le temps, dans la pénombre de ma lampe de camping, d’observer ce corps, que dis-je, le corps du premier homme.

Ne riez pas lecteurs et lectrices, il n’est pas facile de se défaire de toute une éducation et des complexes que peuvent engendrer les mots de votre entourage.

Toujours est-il que son corps massif, ses bras puissants sont à moi, pour la nuit au moins. Je détaille chaque partie de son corps, toute son anatomie y passe. Oh non pas pour juger, mais pour apprécier ce que j’ai, pour m’en souvenir, ne rien oublier de cette nuit-là, de cet homme-là. Sa peau soyeuse ne présentant aucun faux plis, sa chaleur, son parfum de sable mêlé de blés tout juste fauchés, ses mains fermes mais distillant de tendres caresses. J’hésite à lui dire qu’il est mon premier, mais j’ai peur qu’il s’en aille. Visiblement, lui est très sûr de ce qu’il veut et j’aime sa façon de me traiter en femme, alors que sans le savoir, il provoque ma renaissance à la vie de femme. Mes mains, elles, ont du mal à se détacher du velour de sa peau. Une foule de questions m’envahit.

Est-ce que je saurais y faire ? Est-ce qu’il sera doux au moment de me prendre ? Est-ce que je vais apprécier ou avoir mal ? Comment dois-je réagir, prendre les devants ou le laisser faire ? Est-ce que je pourrais le satisfaire ?

En fait, je crois avec le recul, que ni lui ni moi ne contrôlions quoique ce soit.

De baisers fiévreux en caresses, mes mains ont trouvé le chemin jusqu’à son sexe. Mes doigts ont commencé à jouer naturellement avec sa queue déjà tendue. Il se met à gémir sur l’instant. Je m’arrête et le regarde dans les yeux. Son regard me supplie de recommencer, de remettre ma main où elle était. Ses yeux me renvoient un tel désir que je me laisse guider par l’instinct. Mon petit diablotin est de retour.

Ses mains qui palpent ma peau, s’agrippent à mes cheveux, ses yeux qui lancent des éclairs de plaisir et sa peau, sa douce peau au parfum de champs de blé sous la chaleur brûlante de l’été, tout me fait sombrer. Il arrache ma main de sa queue si violemment que je crois lui avoir fait mal. Je m’excuse et … Il place sa main sur mes lèvres…

– Non, tu ne m’a pas fait mal. Tes mains sont trop douces et je vais venir trop vite. Je veux profiter de chaque parcelle de toi…

Il se place alors entre mes cuisses. Je pense que ça y est, je vais faire le grand saut. Et là, je le vois se pencher vers le haut de mes cuisses. Ses mains palpant ma chair, tandis que ses lèvres déclenchent une avalanche de sensations. Elles passent d’une cuisses à l’autre, toujours plus haut, elles remontent vers la source de vie. Elles explorent chaque centimètre carré de ma peau, faisant fi des vibrations de mon corps. Ses lèvres si douces… J’essaie de me redresser mais une de ses mains me plaque contre le matelas en douceur. Toujours cette douceur, malgré la violence des sensations que je ressens. Je gémis doucement. Ses lèvres atteignent leur objectif, première partie de la mission accomplie. Il passe à un autre jeu. Sa bouche s’ouvre et aspire un endroit très précis. Je suis obligée de plaquer un oreiller sur ma bouche. Il a trouvé un interrupteur magnifique, un bouton qui plonge mon esprit dans le néant absolu. Il suce, mordille et ressuce de ses lèvres douces et chaudes. Je sens autre chose. Comme si mon corps s’emplissait, il a glissé un doigt en moi. Instinctivement, mes mains ont plongé dans ses cheveux. Encore cette douceur, il est doux vraiment de partout. Mon corps se cabre, se tord sous l’effet combiné de ses lèvres et de ses mains. Puis d’un seul coup je perds totalement pied. Mon esprit n’est plus là, il est bien au-delà de ça, une onde électrique l’a propulsé loin de mon corps. J’ai joui d’un homme pour la première fois cette nuit-là et ce ne fut pas la dernière cette même nuit.

Son sourire satisfait me rend dingue, je le plaque sur mes lèvres enfiévrées. Je voudrais, sur le moment, le dévorer, lui donner ce qu’il m’a donné, mais il n’en a pas fini et je comprends bien vite que mon corps en réclame plus lui aussi. Il reprend son jeu de caresses, palpations, baisers brûlants. Mes mains caressent cette peau presque irréelle, cette douceur que je ne peux pas définir, même aujourd’hui. Il se couche près de moi. Je ne me souviens plus de ses mots à ce moment-là, seuls sa chaleur et son odeur sont encore présentes. Il éteint la lampe et vient sur moi. Délicatement, il m’écarte les jambes et vient en moi. Il prend son temps, il dépose des baisers sur mes seins, les suce, les mordille. Il passe son bras sous une de mes cuisses et, comme une brindille, la soulève et plonge en moi. Il n’exulte pas, il gémit doucement, son souffle se fait plus court, son bras plus ferme sous mes doigts. Je distingue à peine ses yeux mais je devine son regard parsemé d’éclats de lumière. Nous nous unissons dans un corps à corps tendre, son corps pesant sur le mien. Un gémissement monte de nos deux corps en sueur malgré la fraîcheur. Nous baisons, plus que nous ne faisons l’amour, mais sa douceur change beaucoup de choses.

Nous jouissons ensemble sans faux-semblants, juste le plaisir ultime de la libération. Il se couche près de moi et me demande s’il peut rester dormir. Je n’ai pas le cœur à le laisser s’en aller maintenant. Sa chaleur, sa peau m’ont conquise. Nous nous endormons l’un contre l’autre. Au réveil, il n’est plus dans la tente. Petit moment de solitude…

Mais quand je sors moi-même de mon cocon, je le retrouve à boire son café avec mes amis. Il m’accueille avec un grand sourire et me détaille. Ma tenue du jour est bien différente de la veille. J’ai troqué ma jupe et mon chemisier, contre un short en jean qui a beaucoup vécu et une vieille chemise médiévale blanche. Je suis de cuisine aujourd’hui, lui sur son stand, nous trouverons peut-être quelques instants pour partager d’autres moments chaleureux…

Publié par Galadriel

Libertine et fière de l'être

2 commentaires sur « RENAISSANCE »

  1. « Appuyez sur le bouton », la renaissance de Dame Galadriel n’a rien d’une chrysalide, elle a l’odeur du blé de juillet et la douceur d’un lit d’automne, à la relire avec comme fond sonore l’anarchie languissante d’Archive on y (re)trouve… encore plus de plaisir. Merci Madame !

    Tristan

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