Richard et l’orchidée(2)

La porte de mon vaste appartement se referme sur moi et me voilà enfin seul dans ce cocon de célibataire. Ce soir, le premier depuis 3 semaines, mon esprit repart en vrille, des flashs me reviennent. Que s’est-il passé dans cet hôtel ? Est-ce que j’ai rêvé ? Suis-je le même qu’avant ? Pourquoi cette rencontre improbable me perturbe si profondément ? Tant de questions et si peu de réponses ! Chaque remarque de ma secrétaire, Karen, la seule femme qui me connaisse aussi bien, depuis mon retour, me ramène à cette soirée improbable. Malgré tout, je me sens apaisé. Cette soirée avec Elle m’a ouvert à un monde inconnu qui me fascine. Je n’ai parlé à personne de cette rencontre, mais je crois que ma secrétaire sait qu’il y a quelque chose de différent en moi.

Par reflexe, j’allume mon ordinateur et me mets à pinoter. L’excuse est que je ne voudrais pas râter un mail d’un de mes subordonnées ou des avocats de la boîte, mais invariablement je me retrouve sur la page internet d’un pépiniériste spécialiste des orchidées.

Non ! J’arrête mon ordinateur ! Je respire profondément pour me sortir cette vibration de la tête. Je dois réfléchir à ce que je veux vraiment. Et pourtant, repenser à Elle déclenche invariablement une réaction charnelle incontrôlée . Je me sens, en l’espace d’une pensée vers Elle, à l’étroit dans mon pantalon et une chaleur monte le long de mon épine dorsale. Mon esprit recrée la sensation de ses mains, de son odeur, de sa peau, l’odeur du cuir envahit mes narines. Dans ma tête résonne les mots « soumis », « Rouge », le timbre de sa voix qui change lorsqu’elle n’est pas satisfaite et mon cœur qui se crispe de la décevoir !

Je dois me reprendre. Je file sous la douche, mais les jets balnéo rappellent à ma peau le contact des lanières de cuir qui les revit. Alors que je fais glisser la serviette douce et chaude sur ma peau mouillée, mon téléphone sonne. C’est Charlotte, une vieille amie qui veut m’inviter à dîner car elle veut m’annoncer une grande nouvelle. Ça me changera les idées. Rendez-vous est pris pour 19h dans notre brasserie favorite, le Bouillon Julien, au pied de la Porte de saint-Denis. Le temps de m’habiller et je pars à pied pour reprendre mes esprits.

Lorsque j’arrive, Charlotte est là. Le patron nous a installés dans le fond de la salle. Il a une certaine habitude de l’extravagance de mon amie. Elle est toute excitée, mais quand je m’approche, elle me dévisage et me demande de m’asseoir en face d’elle. Son regard se fait inquisiteur. Ma boisson favorite est déjà sur la table, mais pour Charlotte « Champagne, c’est un grand jour ! » dit-elle. Mais alors que je vais l’embrasser pour la saluer, elle arrête mon geste.

– Qu’est ce qu’il t’arrive, Richard ?

– Rien, Charlotte, rien ! Et toi, qu’elle est cette grande nouvelle ?

– Tu paies rien pour attendre ! ronchonne-t-elle. Bon ! J’ai rencontré quelqu’un et c’est sérieux !!!!

– Waouh ! Je le connais ?

– Non, tu LA connais !

Mon esprit est si torturé que je pense immédiatement à Galadriel, mais c’est impossible. Puis, je me souviens de ses propos dans mon lit, quand elle se disait « totalement, intégralement hétéro », et, là, elle me parle de relation homosexuelle !!!!! Le choc doit se lire sur mon visage, car en une fraction de seconde, le rire cristallin de Charlotte résonne dans le restaurant, malgré le bruit ambiant, faisant taire bon nombre de conversations. Pendant le repas, dont je ne me souviens d’aucun plat, elle me raconte tout. L’heureuse élue est une de mes proches collaboratrices. Elle me demande donc de ne pas lui en parler. Comme si je parlais de ce genre de choses au bureau !!!!

Au dessert, elle finit par me lancer :

– Tu vas me dire ce que, toi, tu me caches ? Je dois te torturer pour ça ?

Je finis par lâcher :

– Moi aussi, j’ai rencontré quelqu’un, mais…

– Mais, quoi ? Tu l’as sauté ? Elle est comment ?

Son franc parler me surprendra toujours. J’ai du mal à lui raconter ma rencontre avec Galadriel. Je lui décris Son corps gainé dans ses bas et son corset brodé d’argent. Je ne sais pas comment lui décrire ce que j’ai vécu. Je finis par lui dire :

– C’est Elle qui m’a baisé !

Pour la première fois, Charlotte se tait. Elle n’a pas l’air surprise, mais son silence est troublant. Elle me connait depuis de nombreuses années maintenant et la voir sans voix me gêne.

– C’est ça que j’ai senti ! dit-elle après un temps interminable. Je savais qu’il y avait quelque chose d’important. Ton corps ne bouge plus de la même manière. Tu as aimé ? Tu as eu le choix ? Parce que sinon c’est du viol, mon chéri !!! …

– Tout va bien ! C’etait il y a 3 semaines et je dois avouer que ça m’a chamboulé. Tu es la seule à savoir et je tiens à ce que ça reste comme ça.

– Tu vas la revoir ?

– Je ne sais pas. J’ai envie de prendre mon temps pour réfléchir.

– Richard, tu connais ma franchise ! Si tu as aimé, vas-y ! Tu n’as plus vingt ans ! Profites-en ! Si tu as confiance et qu’elle te fait du bien, fonce ! Si elle te respecte, qu’est-ce que tu risques ?

– Je vais me donner quelques jours encore ! Ça m’a fait du bien de te le dire !

La conversation change de sujet et après 23 h, nous nous quittons sagement sur le trottoir devant le restaurant.

Je rentre en faisant un détour par la rue Saint-Denis, pour flâner. Sans savoir pourquoi, je passe la porte d’un sex shop. Une jolie vendeuse s’approche d’une démarche très sensuelle et se propose de me faire l’article. Sa proposition a des accents indécents, tout comme son sourire et ses mains baladeuses. Je regarde le matériel SM. Ici les fouets, les bracelets et menottes de cuir, les tenues pour hommes soumis sont très diversifiés. La vendeuse se colle à moi, mais étonnamment, je reste de marbre. Pourtant d’habitude, il ne m’en faut pas beaucoup plus pour céder. Mais là, rien.

Je sors sans un regard pour la vendeuse, très déçue du peu d’effets qu’elle a provoqué sur moi. Seule, Galadriel occupe mon esprit.

Je rentre donc directement chez moi. Mon appartement froid calme un peu mon esprit. Et je me couche.

Quand mon réveil sonne à 6h30, j’ai l’impression d’être passé sous un train. Mon corps se souvient toujours de chaque attention de Galadriel, qui me reviennent chaque nuit. En avalant mon petit déjeuner, je pianote sur mon ordinateur et me revoilà sur la page du pépiniériste et j’enregistre ses coordonnées dans mon téléphone.

Je file au bureau. Arrivé au dernier étage, je salue Karen, sans qui je ne serais rien. Elle me fait un résumé de mon agenda du jour : débrief avec les cadres ce matin, ce midi un rendez-vous pour un contrat et cet après-midi un point avec les avocats de la boîte sur les dossiers en cours. Je lui demande de me trouver un menuisier d’intérieur pour réaménager mon bureau. Elle marque sa surprise. En 25 ans de travail à mes côtés, mon bureau n’a même pas changé de moquette. Elle tente un petit regard interrogateur, mais devant mon visage fermé, elle n’insiste pas. Elle est la seule à me connaître vraiment et son regard en dit long sur son étonnement. En 10 minutes, elle réussit à me trouver le professionnel qu’il me faut. Il propose de passer tout de suite pour voir mon bureau et me faire une offre rapidement. Il arrive juste avant ma réunion et ne reste que quelques minutes. Il peut me faire ce que je demande dans la matinée en déplaçant son chantier du jour puisque je mets sur la table une somme assez confortable.  Le rythme de cette journée promet d’être intense.

La réunion du matin ne me prends qu’une heure et demi et je retrouve le menuisier d’intérieur dans mon bureau en train de m’installer une magnifique étagère en verre et bouleau blanc. Il m’annonce une surprise compte-tenu du prix que j’accepte de payer. Il me demande quelques minutes encore, alors je vais faire le point avec Karen sur l’actualité, bref les potins, de l’entreprise. Quand je rentre dans mon bureau , j’en ai le souffle coupé. Je crois rêver. Sur l’étagère au niveau de la fenêtre, trône une magnifique orchidée blanche. Comme celle que j’ai vu dans le catalogue du pépiniériste. Je lui signe le bon de réception des travaux et préviens Karen d’accompagner le menuisier à la comptabilité.

Je reste dans mon bureau pendant 30 minutes assis devant l’étagère, sans bouger. Je suis sidéré par cette plante, elle LA représente si bien. Karen, un peu inquiète par mon attitude, me rejoint dans le bureau pour s’assurer que tout va bien et  me complimente sur le choix de cette variété si particulière.

En allant déjeuner, elle passe la tête par la porte et me rappelle mon rendez-vous et m’annonce que le commercial que je dois accompagner est déjà là. Quand je le rejoins enfin, il me presse pour aller au restaurant, lieu de notre rencontre avec ce nouveau client prometteur. Un budget de plusieurs millions, ça ne se rate pas. En fin de repas et le contrat en poche, nous payons l’addition et rentrons au bureau.

Arrivé au dernier étage, Karen n’est pas là, ce qui n’est pas dans ses habitudes même s’il est 14h et que les avocats m’attendent déjà. Pas le temps de souffler, je les rejoins en salle de réunion. Pour une fois, ils sont concis. Les contrats se présentent bien, aucun retour de marchandises, les clients sont satisfaits et les comptes se portent très bien. À 15h30, je suis de retour à mon bureau et je retrouve Karen, très contrariée.

Elle est toujours enjouée d’habitude, donc je m’inquiète et lui demande ce qui ne va pas. Elle me connait si bien qu’elle est la seule à pouvoir me montrer la porte de mon bureau comme le ferait une maman fâchée contre son petit garçon. Je vais donc dans mon bureau et la laisse venir me rejoindre.

Là, elle s’arrête à la porte, respire profondément et me demande ce qu’elle a fait de mal pour mériter d’être remplacée !!! Visiblement la tête que je fais marque suffisamment mon incompréhension pour qu’elle se calme un peu.

– Pourquoi voudrais-je me séparer de la seule personne qui sache vraiment me comprendre et me donner autant ? Vous êtes une perle pour moi et l’entreprise, pourquoi diable voudrais-je vous remplacer ? Qu’est-ce qui, entre ce matin et ce moment précis, a pu vous faire croire à cette ineptie ?

Je remarque alors un paquet sur mon bureau avec une carte de visite.

« J’accepte ce post. Nous commençons notre collaboration dès demain. Mme G »

Je ressens l’effet de son écriture avant d’en comprendre le sens. Elle sait déjà.

Le bruit de gorge de Karen me ramène au moment présent. Nerveusement, je me mets à rire comprenant la méprise de ma secrétaire. Je la rassure en lui disant qu’il n’est, pour moi pas question de la remplacer tant elle m’est préciseuse, pour moi et la société. Pour la rassurer totalement, je décroche mon téléphone et contacte le service comptabilité de la société. Je mets le haut-parleur et leur demande la confirmation que mon message d’hier a bien été pris en compte. Tampis pour la surprise.

– Bien-sûr, Monsieur, L’augmentation de 10% de la rémunération de Karen a bien été validée et nous avons placé votre message avec sa feuille de paie, comme vous nous l’avez demandé.

– merci à vous. Je passe tout à l’heure valider les derniers ajustements comptables. A toute à l’heure.

– A toute à l’heure, Monsieur.

Karen passe de la colère à la stupéfaction. Elle blêmit.

– Karen, vous pensiez vraiment que je pouvais oublier votre anniversaire ? Et encore plus que je pouvais vous remplacer à ce poste ? C’est un projet privé dont il s’agit. Vous n’avez rien à craindre, bien au contraire.

Je la raccompagne à son bureau avant de réintégrer le mien. En regardant mon bureau, je sens la chaleur m’envahir. Le mot posé au milieu de mon bureau m’a fait oublié le colis qui l’accompagne. Et une question m’assaille. Comment a-t-elle su si vite ?

Je pose machinalement la main sur le colis et le caresse en laissant mon esprit divaguer. Sans m’en rendre compte, j’ouvre le papier qui l’entoure pour découvrir le toucher d’un bois laqué et gravé. Je reprends mes esprits et examine cette boite magnifique. Un fermoir à pression le verrouille. J’actionne le système et le couvercle se soulève tout seul laissant apercevoir des objets en métal brillants. On dirait des bijoux.

Le premier est oblongue gris acier terminé par une gemme. Je le soupèse machinalement en estimant son poids à 200 ou 300 g. La pierre présente à une extrémité est rouge sang, d’un éclat hypnotique. Le deuxième est une petite structure en acier, au poids. Quant au troisième c’est un ensemble de deux larges sangles de cuir, dont je reconnais l’odeur, reliées pas une boucle métallique. Mon cœur semble rater quelques battements quand je comprends qu’il s’agit d’un collier. Mon collier. Mes doigts glissent sur le cuir et je me rends compte que de fines lignes sont gravées dans le cuir souple. En regardant attentivement, je peux lire l’inscription argentée :

R soumis de Dame Galadriel sur le premier brin, et le symbole de l’infini suivi de Pour mon plaisir sur le deuxième.

En sortant les deux objets de la boîte , je trouve dans le fond, une petite carte portant son écriture.

Demain, après ta séance de sport, rendez-vous à cette adresse, à 19h30. Ne prends pas de douche et ne mange rien. Dame Galadriel

Je sens une chaleur inoubliable monter de mes reins, mon pantalon qui se resserre et mes mains devenir moites.

Publié par Galadriel

Libertine et fière de l'être

4 commentaires sur « Richard et l’orchidée(2) »

  1. Madame comprend, elle sait apprendre, faire attendre et diriger hommes et femmes à sa guise, on a hâte de savoir comment Richard sera à nouveau soumis et puni et Madame obéit et Respectée.

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